Samedi soir, prendre le temps qu’il faut

octobre 7th, 2013
Marc-Antoine K. Phaneuf

Parait qu’il aime prendre son public en otage, Basil AlZeri. J’espère qu’il était dans ce genre de considérations, parce que sinon, il a raté son coup.

Il est arrivé avec une superbe idée : cuisiner un plat traditionnel palestinien avec l’aide de sa mère, installée via Skype au cœur du bain, le tout dans leur langue maternelle, incomprise par la majorité des spectateurs. Textures sonores et odeurs. Vraiment superbe, l’idée. Mais la performance, entamée sur le coup de 20h, a duré près de 120 minutes et a suscité diverses réactions, allant de l’ennui, à la proposition de tout déménager à la cuisine et de laisser place aux autres performances, jusqu’à la sortie frustrée du Bain Saint-Michel, nommons d’ailleurs ce gars qui est sorti en sifflant le plus fort qu’il pouvait, comme pour réveiller la foule. Quelques minutes plus tard, Basil rangeait son matos et commençait à servir les convives.

J’ai lu quelque part que la performance est une discipline conceptuelle, qu’on n’a pas besoin de vivre les œuvres en direct, que bien souvent une description suffit pour comprendre et apprécier l’œuvre. Pour la postérité, cette performance est bonne ; pour les otages du bain, ce n’était pas si excitant.

Au final, qu’est-ce qui prime? L’action, le spectacle? La documentation? L’idée derrière l’œuvre? L’idéal, disons-le, est d’atteindre tout ça à la fois, dans un certain équilibre. Comme le public oublie, disons qu’une bonne idée et une bonne documentation feront bien l’affaire.

Je me suis un peu réconcilié avec Basil quand j’ai goûté au plat. Il était délicieux. Je me suis aussi réconcilié avec lui parce que, veut veut pas, pendant sa performance on a pas mal picolé, et comme chacun sait, l’alcool adoucie les mœurs, et après tout, Basil, il m’a déjà donné, sans même me connaitre, un t-shirt de Canadian Art, ce n’est pas rien.

 

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La seconde performance de la soirée donnait aussi dans la longueur, mais dans un tout autre registre.  Marlène Renaud-B. est arrivée dans le bain avec d’autres performeurs. Ils étaient huit en tout, vêtus de noir, ils se sont couchés sur le dos en suivant les lignes noires qui traversent le plancher du bain, tenant une plaque de verre de bonne dimension sur leur torse.

Un tourne-disque lisait ce que lui offrait une plaque de verre disposée sur son plateau. Le son était un grichage constant, qui habillait l’espace, offrait une chaleur à la froideur chirurgicale des corps noirs coincés entre le verre et la céramique.

La somme de tout ça, le son, les corps, laissait libre cours à la méditation, la performance est devenue pour moi un acte introspectif. Je me suis mis à penser à toutes sortes de choses, j’ai pensé à des corps sous vitrine, j’ai pensé aussi à un accident, quelque chose qui fait un bruit brut, rough, où la durée de ce bruit laisse savoir que quelque chose d’irréversible s’est produit, que des corps sont estropiés, mais le grichage durait depuis trop longtemps, en fait, il n’y avais plus de danger, je me suis rendu compte que j’étais dans mes pensées depuis, je ne sais pas, cinq ou sept minutes, et je me suis mis à penser à un spectacle que j’ai vu à Mutek un dimanche après-midi, pendant un show noise de Kevin Drumm agrémenté d’un stroboscope, je m’étais endormi. Tout le monde s’était endormi. C’est une bonne chose qu’un spectacle vivant nous donne ce type de réflexion, nous percute de cette façon. À l’opposé du rire et de l’excitation, s’apaiser est tout aussi prenant.

Je reviens à la pièce. Les performeurs respirent sous les plaques de verre. Le geste est très subtil, il se situe entre la vitre et le son.

Le son arrête. Les performeurs se lèvent. Ils tiennent la plaque de verre au-dessus de leur tête un instant, puis se tiennent debout, la plaque de verre à la verticale devant eux, elle est posée au sol. Et d’un coup, six d’entre eux la laissent tomber. Fracas léger, sensible, beau. La parfaite continuité de l’action introspective.

La performance est terminée et l’espace-temps reprend son cours normal.

 

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S’ensuivent deux autres performances.

Macarena Perich Rosas accumule les actes simples et poétiques au sujet du bain, de ses spécificités et de sa nature. Elle habite le bain, elle vit le bain, elle devient le bain : sa bouche coule de salive comme un robinet, son toupet est ajusté à la ligne où l’eau devrait arriver, elle ravive le mouvement des vagues à l’aide d’un long tissus, elle engage même deux esclaves à la tâche, qu’elle fait mine de fouetter pour qu’ils perpétuent les vagues. Ce geste, constamment répété et souvent à l’aveuglette, parce qu’elle porte un masque construit de lambeaux de fourrure, amuse beaucoup. La performance s’achève sur un acte casse-cou, marcher sur du beurre, et la finale consiste en l’acte bourgeois de manger un club sandwich de beurre alors que la nature agite son mouvement (généré par les esclaves) autour d’elle. Voilà une fin à point pour une artiste qui s’auto-colonialise.

 

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Je ne savais que penser, au début, de la performance de Celeste Marie Welsh. Envelopper un jeune homme dans un tissus qui rappelle une toile d’araignée géante avant de le vêtir de vêtements de femme, je trouvais ça trop littéral. Puis, la performeuse a enfilé un blouson doré et est devenue Selena, la chanteuse assassinée, elle s’est mise à chanter ses chansons, elle a donné un spectacle musical dont le seul effet spécial a été qu’elle se jette une un immense coussin pour y rebondir, avec une énergie digne d’un enfant qui joue à la guerre. C’était drôle au début et c’était encore drôle vers la fin, à un autre niveau, quand on comprenait que rebondir sur le coussin était la seule capacité du personnage. Comme un one hit wonder. Le jeune homme pris dans la toile d’araignée, la performeuse imitatrice de Selena, voilà deux figures du fan, ils réagissent en idolâtrie à quelque chose qu’ils vénèrent et qu’ils ne pourront jamais atteindre.

La performance s’est terminée quand le coussin a crevé et qu’on a compris qu’il était fabriqué de balounes, c’était parfait pour clore le festival et lancer le party bénéfice qui commençait.

 

 

Une réponse

  1. SP 38 dit :

    Voilà , pendant 6 jours , j ai collé dans les rues de Montréal des affiches , environ 150 . Trouvez les ?
    SP 38

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