Manger des fraises – partager des poissons en croute – négocier avec l’autre – négocier avec soi

Maude Veilleux
09 octobre

Hier, je voulais écrire sur la communauté. Nous avons brunché. J’ai mangé à côté de Jacqueline Van de Geer. J’ai eu le crush. Ensuite, j’ai eu le crush sur Francis Chénier. Finalement, j’ai écrit treize mots. Les voici :

Utopie communauté

L’espoir est dans la fiction

dans la science-fiction

Jean Brillant.

Je vous les expliquerai plus tard. Probablement dimanche.

 

Aujourd’hui Viva commençait officiellement.

À six heures, la perf de Sylvie Cotton. On se bande les yeux en gang. Une quarantaine. On est collés comme dans un portrait de famille. Pas le droit de bouger. On descend en soi. On se sent les uns, les autres, mais on est en dedans de nous. On a accepté le contrat. Nous nous engageons envers l’immobilité. Ceux qui nous regardent font pareil. Enfin, je pense. Je ne les vois pas, mais ils ne semblent pas bouger. Ils ne font pas de bruit. Immobilité me fait penser à immobilisme. Et, je me dis que l’immobilisme est contagieux. Faisons attention. Restons aux aguets. La fin de la performance arrive avec un son de claque. On sursaute. On ne se presse pas pour enlever nos bandeaux. On commençait à s’y faire à cet état méditatif. On ne veut pas voir le dehors. Maudit que c’est beau l’intérieur de nos yeux.

Le repas est servi. Nous mangeons. On se négocie des poissons en équipe. On se cherche des places assises, des ustensiles. Ils sont près du tableau. On déconstruit nos légumes, la pâte à sel, les pains. Mes courgettes goutent le ciel. Vive Sonja Zlatanova!

Doyon/Demers arrivent. Ils ont un dispositif sur la tête. Un mégaphone. Vraiment méga. Bande sonore. Oiseaux westerns. Ils se penchent et déversent une pluie.

La liste des choses qui tombent

Billes

Gommes balloune

Œufs

Bouchons bleu et jaune

Coupes cassées

 

La bâche est pleine de dangers pour ceux qui ont les pieds nus.

 

On négocie avec le dispositif

On négocie avec l’autre

On négocie l’espace de travail

On négocie le temps

On négocie la file des toilettes

On négocie son lift

On négocie son bout de pain, sa pomme

On négocie sa présence au monde

On négocie tout dans le vivre ensemble

 

On se prend des reliques de performances : une bille et une gomme balloune rouge-orange pour notre collection de reliques.

Soufïa Bensaïd se présente avec son thermos. On pense qu’elle nous regarde, mais elle nous compte. Nous sommes 221. Elle cherche le rythme partout dans l’atelier de Jean Brillant. Elle nous tire des pôles de métal du plafond. Elle nous tend des perches. En rond, on bat la cadence avec nos outils. Ça ressemble à une communion. C’en est probablement une.

Comme le temps est une chose floue, je discuterai de la performance de Sandra Johnston demain. Il est possible que tout cela devienne un édifice. Que les performances se coupent, partent et reviennent à différents moments. Aussi, parce que mes amis Frédérique et Boris m’ont dit que les blogueurs n’arrêtent jamais de bloguer, qu’ils sont d’infatigables recenseurs du monde, des insomniaques, demain je bloguerai tout. Chaque seconde deviendra du texte et WordPress va capoter.