Quête épique

octobre 6th, 2013
Marc-Antoine K. Phaneuf

C’est comme Evel Knievel mais en plus impressionnant parce qu’Evel Knievel, il ne connaissait qu’un seul tour, celui de sauter par-dessus des obstacles à moto, Étienne Boulanger c’est plutôt comme un dieu de l’Olympe qui réalise un défi, en fait il n’est pas Grec, il vient d’Alma, et il s’inspire de la mythologie pour construire ses perfs, il nous a dit qu’il voulait rendre hommage à un dieu dont j’oublie le nom, sinon qu’il finissait en « os », qui a surpassé un taureau à l’aide d’une perche, il s’inspire de la mythologie, mais ce n’est pas le point de départ, je suis pas mal sûr que Boulanger, il s’est d’abord intéressé au saut à la perche, qui peut être dangereux et spectaculaire, surtout dans un bain, je pense que c’est ça qu’il recherche, être dangereux et spectaculaire, et sortir l’artillerie lourde, comme là, pour VIVA!, il a installé un genre d’échafaud amovible, ajustable par deux cordes liées à des colonnes au bord du bain, c’était une grosse structure de bois sur laquelle il se tenait, une structure construite sur mesure mais qui n’avait pas l’air d’avoir été pensée pour le contenir, il se tenait là, en haut de l’échafaud, avec un sang froid désarmant, c’était impressionnant, tout le monde était accroché à ses gestes parce que sa mission était louable, elle était poétique et inspirée de la mythologie grecque, ce n’est pas rien, je pense même que c’était la meilleure performance que j’ai vue depuis longtemps, parce qu’elle ne s’éparpillait pas, qu’elle dévoilait un dispositif plus grand que nature et qu’elle était simple, un peu folle sur les bords, un jeu déphasé et inutile mais qui a piqué la curiosité du public, et même si c’était une belle performance et que j’ai eu un plaisir fou à la vivre du début à la fin, parce qu’il sait comment interagir avec le public, Boulanger, il est limite maniériste, du début à la fin, il rayonnait, et bien malgré mon appréciation, j’ai eu un mal fou hier à vous la raconter à chaud, cette performance, pendant qu’elle était fraiche dans ma tête, je cherchais les mots justes, pour que vous compreniez le dispositif et aussi toute la portée que le geste pouvait contenir, mais je n’étais pas satisfait de mon demi-texte et je ne l’ai pas publié, tsé, et finalement je pense qu’un flux continu comme cela pourrait bien servir la performance de Boulanger et la beurrer un peu de mon enthousiasme, c’est pas facile parler de performance, j’ai eu un flash quant à ce texte quand j’ai parlé à l’artiste au lendemain de sa victoire et que j’ai constaté qu’il avait perdu la voix, même Francis O’Shaughnessy ne l’a pas reconnu au téléphone, il y a quelque chose qui habite les performances qui ne se raconte pas, qu’on ne pourra jamais mettre en mots, qui nous fera toujours perdre la voix, tant l’acte et sa portée sont complexes, et même s’il s’agit d’une quête simple, comme l’a fait Boulanger vendredi soir, le dessein de tout ça, après tout, c’était de déplacer un petit sapin qui a une drôle de forme et qui est attaché à une corde qui fait toute la longueur du bain au ras du plafond, de déplacer ce petit sapin d’un bout du bain, le mur aveugle, jusqu’au mur qui l’oppose, là où il y a l’œil de bœuf, taureau/bœuf, on a de la suite dans les idées quand même, c’est merveilleux, la mythologie en 2013, et à la fin, wow, il a réussi, vraiment, le petit sapin était centré sur la fenêtres ronde, c’était beau, et tout le monde criait sa joie pour célébrer la victoire d’un Homme prêt à rejoindre les dieux de l’Olympe.

 

2 réponses

  1. A posteriori, sans doute un des meilleurs moments de VIVA 2013 – si on devait faire un TOP 5 (mais personne ne nous le demande) – pour Etienne Boulanger. Non pas pour sa prouesse mais pour son caractère « épique »- tu as trouvé le bon angle MAKP.
    Cette soirée – avec le voltigeur E.B., le personnage clownesque onaniste de Belinda Campbell et le magicien huluberlu de Tomasz Srama aura eu une saveur circassienne. Je l’ai appelé la soirée « Tohu » de VIVA. Une thématique par défaut.

  2. Anne Bertrand dit :

    Oui, ce retour est très juste, ainsi que les autres. La soirée « Tohu » – c’est très perspicace! La performance puise dans toutes les disciplines alors comment se fait-il qu’on la réclame des beaux-arts? On me posait la question hier sur l’ancrage de la performance et ça m’a fait pensé à un très bon texte d’Éric Letourneau qui retrace les origines de la performance à l’actionnisme viennois peut-être; me souviens plus exactement. Mais, la thématique du « cirque » est une constante des beaux-arts si on pense au clown de Cindy Sherman etc…Aussi le clown de Campbell est hallucinant quand on oublie la figure du clown pour y apercevoir un peu de critique institutionnel? Pas facile de réinventer le clown!

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