La performance en général en quatre actes

octobre 4th, 2013
Marc-Antoine K. Phaneuf

 

Le troisième soir de performances à VIVA! a donné lieu à un échantillon d’œuvres variées, dont plusieurs on rencontré une réalité de la discipline : la performance ne vire pas toujours comme on l’avait prévu.

 

I

LA CASCADE

 

J’aurais aimé être un enfant et que cette performance soit la première que je vois. À la question « qu’est-ce qu’il fait le monsieur? » posée par sa fille de 5 ans, un ami a répondu qu’il faisait « une performance, c’est comme une cascade. » La fillette s’est lentement approchée du performeur, fascinée et hésitante, se jouant dans les cheveux, comme si elle était occupée à autre chose. C’était une bonne heure avant que le public arrive, elle avait le temps d’apprivoiser l’étrange.

L’action de Carlos Martiel était simple : se faire ensevelir d’argile, jusqu’au dessus de la tête, alors qu’il tient debout dans une structure de bois. Deux choses n’avaient pas été prévues : la durée de l’enterrement ; la quantité d’argile nécessaire. Il a fallu plus de deux heures pour couvrir l’artiste jusqu’au cou, et ça en amincissant le bloc d’argile disposé au bas de son corps pour disposer la matière autour de son torse.

Pendant ce temps, le bain s’est rempli. Peu de gens sont descendus dans la piscine. La foule était une masse semblable à l’argile, un bloc en face du performeur. Épreuve lente, public en attente.

Au terme de  l’enfouissement, l’artiste s’est lentement dégagé de la terre, et tout d’un coup, emboitant le pas pour sortir de l’argile, il s’est mis à découvert, nu, devant la foule qui s’était construite devant ses yeux. L’action comme l’épreuve étaient finies.

 

II

LE CHARISME

 

Kineret Haya Max est une femme charmante. Elle est toujours souriante et prête à dialoguer avec les gens qui l’entourent. Elle dégage une très bonne énergie et semble se plaire à Montréal. Je vous dis tout ça parce que ça transparaissait dans sa performance.

Dès le début, après que quelqu’un ait répondu à sa demande — « please pull » inscrit sur un écriteau accroché au bout de sa tresse — en la tirant à l’intérieur du bain, elle s’est mise à applaudir avec enthousiasme, si bien qu’au bout de quelques secondes, la foule entière s’est mise à applaudir dans un genre d’euphorie insatiable.

Puis, l’artiste, d’un mouvement de bras, a fait taire tout le monde et a réalisé multiples actions, seule, ou en interaction avec le public, qu’elle abordait en initiant la requête « please pull », engageant un souk à la corde avec des volontaires, et enfin se faisant tirer de la piscine.

C’était là une performance construite de gestes simples, poétiques, une performance axée sur des résultats instantanés, la monstration d’un univers auquel nous sommes conviés, mais qui ne se dévoilera jamais en entier.

 

III

LA VIOLENCE

 

Un ami musicien a pour théorie qu’un spectacle rock doit débuter avec un coup d’éclat, une pièce excessivement énergique, pour lancer le bal comme il faut et en mettre plein la vue au public. Je pense que le contraire est également possible, mais il ne faut pas se leurrer, c’est là la meilleur façon de lancer un spectacle vivant.

Robin Brass a entamé sa performance en balançant du bord du bain une table sur laquelle était posé un gâteau de fête, en gueulant « HAPPY BIRTHDAY, BABY! »

S’ensuivit le lancé d’une chaise de bois.

Étape suivante : descendre dans le bain. C’est périlleux quand la descente se fait à mains nues, dans le dix pieds de profond. Moment d’accalmie, de danger, de suspense, avant le retour de la divertissante hargne.

En bas, l’artiste a entrepris de tourner sur elle-même en tenant à bout de bras, et attachée par un long voile, une valise, qui dans sa ronde percutait constamment les pattes de la table à la renverse. Il faudra détruire cet obstacle. Après quoi, le lancer de la valise reprend de plus bel. Ça commence bien. Nous sommes plusieurs à prendre plaisir à cette destruction ostentatoire, sans savoir ce qui viendra après.

J’éviterai de raconter l’entièreté de cette œuvre dont la trame était un peu trop narrative, mais je soulignerai deux autres actes que l’artiste à réalisés : celui d’essayer de sortir du bain par où elle était venue, d’escalader un mur de céramique polie, sans succès ; et celui plus grotesque de mimer une relation sexuelle  avec, et sous, une table — la table aux pattes cassées beurrée de gâteau —, un geste fort. Malgré sa violence et son pouvoir sur les objets qu’elle fracasse, la performeuse est prise dans une prison, physique comme émotive.

 

IV

LA COMMUNION

 

Il est fabriqué solide le public de la performance. Il est capable d’en prendre.

Victoria Stanton a présenté une œuvre où la principale action était d’être assise sur une chaise et d’écouter de la musique. Il y eut, en tout, quatre chansons du répertoire pop et rock des années 60 et 70, balancées à plein volume, puis une cinquième a été interprétée au piano, après quoi l’artiste s’est jointe au pianiste et a entrepris d’apprendre la pièce qui venait d’être jouée, une Gymnopédie d’Érik Satie. C’était franchement trop long.

C’était franchement trop long, mais le public n’a pas fui. Il y eut quelques sorties, marginales, et des moues ennuyées, mais dans la majorité des cas, les yeux restaient avec constance sur la performeuse et, par la suite, le pianiste. Tous attendaient l’action à venir.

Ce qui devait venir n’est pas venu. Stanton nous l’a confié à la toute fin de la pièce. Avec ces cinq morceaux musicaux, visiblement chargés d’émotions pour elle depuis l’enfance et l’adolescence, la performeuse pensait crouler sous les larmes. C’était ça, sa véritable action. Mais les larmes ne sont pas venues. Devant une foule de près de deux cents personnes encore présentes à 23h passé (donc après plus de 3h d’actions), l’artiste n’a connu qu’une seule chose : une joie immense. Et les larmes n’ont pas coulé.

Dur temps pour tout le monde, cette performance, mais à la lueur des intensions manquées de l’artiste, nous étions tous en communion.

 

Une réponse

  1. Nadège dit :

    Bang! Bang! J’aime tes divisions, baby.

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