Jouer aux cowboys et aux indiens

octobre 3rd, 2013
Marc-Antoine K. Phaneuf

Allons-y à rebours, parce que c’est comme ça que ça s’est passé.

À la fin de tout western il y a des Hommes qui meurent.

La seconde partie de la performance, près de la moitié de sa durée totale, est une pièce de musique noise, lourde et agressive, constante, construite de sons de guitare électrique, de basse, de synthétiseur et de voix jouées en boucle, d’abord « hey cowboy! » et puis d’autres airs à la Ennio Morricone.

Malgré la musique et la longueur de la pièce — un peu plus d’une heure —, on est loin du théâtre. Le jeu ne laisse pas croire en quelque chose, il ne porte pas de fiction ; le jeu ici en est plutôt un de l’épreuve, de la contrainte, de l’action à réaliser. C’est bel et bien une performance. Inspirée d’une autre œuvre, un film.

Après avoir lancé une attaque de rennes écorchés montés par des pères Noël (ce sont des jouets mécanisés), Castellanos les détruit à coups de hache. Rendu là, les gars se sont recouvert de peinture et habillés en vrais indiens, avec une corde à la taille qui retient deux morceaux de tissus, l’un devant et l’autre derrière, pour couvrir la verge et la raie.

Houle prend son bain dans une bassine. L’image est forte, on reconnait le western, même si on ne l’a jamais vu.

Parsemés dans la pièce, on retrouve des codes, voire des clichés, de l’art performance. Houle et Castellanos se recouvrent de peinture, Gordon se suspend à un échafaud à l’aide d’un harnais, on prend le temps de construire un fort, on change de costumes sur scène. Nous ne sommes plus devant un film.

L’intro est fracassante. Dès l’arrivée des performeurs, ils meurent. À répétition. Ils tombent sans cesse, se relèvent, retombent, et ainsi de suite. L’entrain les perd au fil des chutes. Non. En fait, pas tous. Pendant que Gordon et Houle meurent et re-meurent, Castellanos change de vêtements, il se dévêt et enfile un pantalon, qu’il déchire enfin méticuleusement et de haut en bas avec un couteau. Puis, il passe un certain temps à se pavaner, en marchant à rebours, pistolet à la main, vêtu d’un manteau de cuir à franges et d’un chapeau de cowboy, sans pantalon.

Ça donne le ton.

Quand il meurt, pour de bon, c’est au premier plan, les jambes écartées, la graine à l’air.

Tous les déplacements des protagonistes — Gordon, Houle, Castellanos — dans le bain se déroulent à rebours, en marchant par derrière.

« Nothing in this world is more surprising than the attack without mercy! » dixit le General Custer, dans un extrait du film remixé projeté au tout début de la performance. C’est la prémisse de la scène finale et ça ressemble justement à ce que me racontait Castellanos, quand je lui ai demandé si la performance était un processus ou une finalité : « Performance to me is like getting sucker punched or being shot at. You become hyper-aware of the fact that you are truly alive at that particular moment; there is no past or future, none of that stuff matters. It’s like fucking. Process and purpose don’t even come into the picture. »

Voilà. La performance c’est faire, ou refaire. C’est vivre.

Little Big Man Remix est un remix du film Little Big Man. Je n’ai pas vu ce film. Au besoin, Wikipedia vous en donnera une description exhaustive, si vous avez envie de reprendre l’histoire à rebours — mais attention, il n’y a pas de noise dans la description encyclopédique.

 

Une réponse

  1. Nadège dit :

    Bang!

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