FIN DE PARTIE / et Funny Bits

octobre 7th, 2013
Marc-Antoine K. Phaneuf

Alors voilà, c’est terminé. VIVA! 2013 est maintenant chose du passé, l’art vivant a eu lieu et il n’en reste que des souvenirs, des images et des écrits.

Pendant que l’équipe et les bénévoles renippaient le Bain Saint-Michel, une dernière journée de performances avait lieu à Laval. Après une ride d’autobus jaune, nous avons atterri à Sainte-Rose, où nous attendaient sept performeurs.

Christian Bujold et Anne Parisien se sont cherchés à tâtons les yeux bandés pendant près de deux heures, avec ou sans public.

Hugo Gaudet-Dion et Véronique Guitard ont réalisé deux actions simples et sucrées. Déplacer à coup de balai sur le tapis une poudre blanche qui rapidement remplira l’espace de sa fine matérialité et de son odeur, et rencontrera au bout d’une table de salon le contenu d’un verre d’eau plein à rebord poussé du bout des doigts ; la rencontre entre l’eau et la poudre donnera une tache de jus de pêche dans l’amas de poudre. Autre salle, autre action, le couple a fait fondre de leur respirations un pop-sicle en le tenant entre leurs visages face à face ; à la chute de la friandise, ils se sont embrassés anesthésiés par la froidure.

Marie-Claude Gendron a fouillé les recoins d’une nébuleuse pièce en faux-fini sans fenêtre et dont le plafond suspendus laissait tomber des tas de feuilles de papier pliées. La pièce, qui faisait penser à un sous-sol de caisse populaire, inspirait la théâtralité : tout geste y prenait une portée étrange et l’incessante impression qu’on allait tomber sur un trésor.

Enfin, tout le long de l’après-midi, parmi les spectateurs, le duo Jean-Sébastien Vague a joué aux madames bronzées orange et maquillées baroques qui s’aspergeaient d’eau à l’aide d’épandeurs à engrais liquide, comme des plantes. La sueur colorée tombait sur leurs vêtements blancs. Les plantes, le make-up, ça faisait très banlieue.

 

&

Funny Bits

 

Il y a eu des moments de magie, lors de cette édition de VIVA! Je pense au Tableau noir de vendredi soir, où nous avons tous été pris par une euphorie festive, parce que le bain est devenu le réceptacle d’une série d’actes spontanés, ludiques, portés par un esprit de camaraderie, voire de cabotinage – des moments comme on s’en permet trop peu lors des soirées de perf.

Chris Lloyd a jeté le feu aux poudres, avec son Every Day Goalie que le public pouvait tenter de déjouer à l’aide d’un bâton et d’une rondelle, et qui a transformé tout le monde en brutes fanatiques de hockey. C’est peut-être à cause du masque et de l’équipement, mais j’ai l’impression que la foule prenait pour les buteurs, et non pour le gardien de but. Et puis, la cavalcade. Après que Bartolomé Ferrando, assisté par Kineret Haya Max, ait présenté un tour de magie absurde où une pomme disparait/apparait sous un bandana, Christian Messier a clamé qu’il connaissait un VRAI tour de magie avec un bandana et s’est mis à la tâche, ce fut une réussite, qui a inspiré Tomasz Szmara à venir montrer un tour digne de la cour d’école secondaire, ramasser ledit bandana au sol en passant sa main et son bras à l’intérieur de sa chemise et de son pantalon, autre réussite acclamée, et voilà, on était en famille en train de faire des farces et des pas de danse autour d’un feu.

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VIVA! c’est aussi un débit de boisson, et à Montréal, en termes de débits-de-boisson-au-service-de-l’art-contemporain, on est bien servis. Sarah Zakaïb a passé une bonne partie du festival à réinventer le margarita. Mes papilles la remercient, et j’ai déjà hâte de recroiser la barmaid (en résidence aux 5 à 7 de Dare-Dare) dans un événement prochain.

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Il y a une phrase que j’ai déjà entendue et qui me revient à chaque fois qu’une équipe nettoie un espace suite à une performance. C’était à L’Écart, à Rouyn-Noranda, en 2006. Geneviève Crépeau avait passé trois jours de fil à repeindre un mur en blanc, parce qu’à chaque soir, un performeur y écrivait quelque chose. Le troisième jour, elle a lancé avec sa verve bien à elle : « À soir, celui qui décrisse le mur, il le recrisse après sa perf! »

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Tu vas me manquer VIVA!, même si j’ai passé la semaine à dire que j’en avais ma claque de la performance. C’était pas sérieux.

De l’action performée devant public, passons à l’action concrète du quotidien : la maison est en bordel, la vaisselle envahit les comptoirs, le chat boude parce qu’il a faim, pfff, il y a des vêtements qui trainent partout et le blogueur-en-français rêve de son matelas, il retourne hiberner.

Hasta.

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