Csenge Kolozsvári: Tâtonner à l’excès

octobre 2nd, 2013
Marc-Antoine K. Phaneuf

Une structure de bois, massive, dont le dessein est de tenir une strap tendue.

Un pied, nu, sur cette strap.

Un bruit de frottement amplifié, quand le pied l’accroche, ou même l’effleure.

Un deuxième pied, du balan.

Une fil-de-fériste qui tient en équilibre, retombe, remonte, fait du bruit.

Des notes de musique perdues.

Comme au tout début d’Halleluja de Jeff Buckley.

Un boom qui ressemble à un loop de drum.

La fragilité du son émis par le pied sur la strap.

La fil-de-fériste en équilibre.

Le déplacement de ses pieds crée les sons.

Les sons la suivent.

Gros grichage.

Problème technique, on recommence.

Attente.

 

Reprise.

Les mêmes pieds, nus, sur la strap, qui montent et descendent.

Des sons semblables à celui d’une corde de guitare électrique qu’on tente de faire taire, qui sonne quand le poids du doigt n’est pas suffisant pour l’empêcher de vibrer.

Équilibre, chavirements.

La chute de la fil-de-fériste a une certaine grâce, les deux pieds au sol.

Elle connait son instrument.

Sans cesse elle recommence.

Les sons la suivent.

La fil-de-fériste joue.

Comme un enfant.

Sa respiration s’accentue.

Elle remonte, redescend.

Les sons la suivent et la dépassent.

Les deux pieds sur la corde, ou les deux pieds sur le sol, les sons continuent.

C’est un loop.

Mais ça n’a rien à voir avec le drum qu’on a cru entendre au début, on a réglé le problème.

Ça sonne bien, c’est subtil.

La fil-de-fériste remonte, redonne du son.

La charpente de bois qui tient la strap travaille, émet de légers craquements, mais ça ne fait pas peur.

Les sons deviennent une présence, ils donnent un nouveau sens aux mouvements de la fil-de-fériste.

Ils accentuent la tension de l’acte, surpassent la tension de la corde.

Crépitement éparpillé, on dirait des feux d’artifices.

L’épreuve devient physique.

 

La constance des sons s’accentue, le loop se concrétise.

C’est presque devenu la rythmique de We Will Rock You, saccadée, déconstruite.

Les pauses de la fil-de-fériste s’étirent.

On n’a plus besoin d’elle, les sons se suffisent.

Ils comblent l’espace.

Elle est fatiguée.

Comme un enfant qui a joué trop longtemps.

Elle remonte, on sent la fin approcher.

Elle redescend aussitôt.

Ses essais à remonter sans y parvenir contribuent à remplir l’espace.

Elle met le pied sur la strap, on sent la fin approcher.

Elle retire son pied.

Elle est là, à côté de son instrument, une espèce de corde amplifiée qui se suffit à elle-même.

Elle est là, épuisée.

Elle quitte.

Seuls restent les sons.

Fondus sous les applaudissements.

 

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